Objectif du blog

« Cyber-révolution », « Révolution 2.0 », « Facebook révolution » sont des termes systématiquement associés à l’insurrection égyptienne qui a ébranlé puis dissout le régime despotique du président Hosni Moubarak à une vitesse vertigineuse de 18 jours.

Notre blog a pour objectif de comprendre quel rôle les nouveaux médias ont joué dans la révolution en Egypte, depuis le début des soulèvements jusqu’à la chute du président, le 11 février 2011. Nous chercherons à comprendre ce que ces médias ont pu apporter de neuf dans un pays en pleine crise politique et à quel point ils ont influencé l’activisme de l’opposition.

Réalisé dans le cadre d’un cours de perspectives historiques du journalisme, le blog propose l’analyse de différents médias nouveaux, en ce qu’ils impliquent une participation des citoyens, afin de déterminer l’impact qu’ils ont provoqué sur les manifestations.

Les réseaux sociaux ont, semble-t-il, été les moteurs de la révolution dans la mesure où ils ont permis aux contestataires de poursuivre leur lutte contre le régime lorsque tout rassemblement politique était prohibé, toute communication à des fins de manifestation étaient bloquées, et lorsque la liberté d’expression se faisait pauvre. En d’autres termes, il semble que Facebook et Twitter aient joué un rôle capital pour contrer la répression et pour maintenir le combat au-delà des contraintes imposées par le gouvernement.

Facebook ayant apparemment été vital à l’opposition en tant qu’outil de rassemblement et de communication libre, nous avons choisi d’étudier les deux principaux groupes égyptiens pro-démocratiques du réseau qui sont à l’origine des premières manifestations : Le mouvement du 6 avril, créé par Ahmed Maher, ainsi que Nous sommes tous Khaled Said, fondé par le cybermilitant Wael Ghonim.

Twitter quant à lui, a permis de donner une dimension d’instantanéité à l’information. Etant positionné sur la toile comme un média social majeur, il nous a semblé essentiel d’en analyser les effets. Pour ce faire, nous avons choisi deux exemples: Le ashtag emblématique « #jan25 » qui a donné une extraordinaire visibilité au mouvement d’opposition et la page de Rami Raoof, qui a activement participé à l’alimentation en images, en commentaires et en vidéos des évènements.

Les soulèvements ont laissé germer des milliers de blogs dédiés à la rage de la jeunesse égyptienne. Prodiguant informations, motivation et poussant les internautes à agir, les blogs ont été des outils révolutionnaires de partage, de soutien et d’action. Certains blogs sont devenus des porte-paroles de la souffrance du peuple et ont mené à des actions politiques concrètes qui ont contribué à la transition vers un système plus démocratique. Parmi eux, nous avons choisi le blog d’une jeune égyptienne engagée, Nawara Negm intitulé Le front populaire pour le sarcasme ainsi que celui de Mahmoud Salem, activiste égyptien se battant pour le droit à l’information sur sa tribune virtuelle désormais connue internationalement: Rantings of a Sandmonkey.

L’accès aux journalistes sur la place Tahrir n’était pas très évident lors des soulèvements. Les informations nous proviennent essentiellement de sources locales, d’individus qui ne pratiquent pas le journalisme mais passent par des réseaux sociaux ou par des blogs. Ainsi, pour comprendre les atouts supposés des nouveaux médias en comparaison aux médias traditionnels qui ne jouissent pas d’une telle indépendance dans un régime totalitaire, nous avons décidé de comprendre dans quelle mesure un média traditionnel extérieur à l’Egypte comme le quotidien Le Temps traite les informations relayées par les nouveaux médias et quelle analyse il fait de la situation dans laquelle se trouve le pays.

La plateforme internet Word Have Your Say de la BBC World ainsi que ses deux émissions TV et radio se fondent sur un concept original: donner une tribune et une visibilité aux « journalistes citoyens » et aux réseaux sociaux. Plus qu’ailleurs, ce concept cherche à croiser tous les types de médias afin d’ouvrir un dialogue dit « global ». Ainsi en présentant ce média traditionnel, nous chercherons à monter comment les médias traditionnels tentent d’égaler la diversité des modalités propres aux réseaux sociaux.

Enfin, nous nous sommes penchées sur  l’analyse que Mme. Katarina Stanoevska, experte en nouvelles technologies de l’information et de la communication, notamment concernant les réseaux sociaux, fait du conflit égyptien en rapport aux médias sociaux. Ceci afin de mieux comprendre l’efficacité des nouveaux médias dans une perspective plus globale.

Ainsi, par l’analyse de ces différents médias, nous émettons l’hypothèse que les nouveaux médias ont largement favorisé les soulèvements en Egypte, d’une part par leur pouvoir de rassemblement, d’autre part par leur pouvoir communiquant qui transcende les censures du gouvernement, engendrant par ce biais une accélération et une facilitation du processus de révolution. Ce présupposé repose sur le fait qu’avant le développement des médias numériques et l’investissement de ceux-ci par la nouvelle génération, aucune révolution n’aurait pu être été menée de la façon dont les événements se sont déroulés en Egypte: aucun leader ne s’est clairement distingué si ce n’est des informaticiens comme Wael Ghonim ou des journalistes comme Nawara Negm, le peuple a réellement été, nous allons tenter de le démontrer, un leader à lui seul.

 

Conclusion

Le monde tel que nous le connaissions avant l’arrivée de l’Internet n’existe plus. Les nouveaux médias ont formé une nouvelle génération de consommateurs de l’information, toujours plus désireux de savoir vite, bien et globalement. C’est là l’atout des sites communautaires qui, c’est aujourd’hui indéniable, ont un réel pouvoir de rassemblement des foules dans tous les pays. La communication est devenue la clé de voûte de notre monde ultra connecté et les nouveaux médias font ce que les médias traditionnels ne font qu’avec plus de restrictions: communiquer à l’intérieur ainsi qu’à l’extérieur d’un pays, joignant à leur crédo des millions de personnes de tous horizons. Mais la presse print, radio ou TV n’a pas pour autant moins de légitimité ou de crédibilité que les médias modernes, tels les blogs, Internet ou les plateformes sociales.

Il s’agit en réalité d’une complémentarité dont bénéficie chaque branche de l’information: les médias traditionnels profitent du « mainstream » dont les nouveaux médias bénéficient, de leur accessibilité très facilitée de par le fait que leur contenu est ouvert à tous, et de l’information non censuré, provenant directement des personnes concernées, caractéristique de l’Internet. De cette manière, ils peuvent s’informer sur les dernières nouvelles locales comme sur  celles provenant de l’autre bout du monde sans même avoir besoin de se déplacer ou de dépêcher un reporter sur place. Les réseaux sociaux, eux, s’inspirent de la presse traditionnelle pour donner une crédibilité à leurs articles ainsi que des sources plus formelles, essentielles pour une analyse complète de l’information. D’autre part, les médias traditionnels, surtout la TV, apportent aux « médias leaders » du web une plus grande visibilité. Il est courant de voir des créateurs de pages Facebook et des bloggeurs invités sur les plateaux de télévision et prendre la parole sur les chaînes publiques, à des heures de grand audimat.

Ci-dessous, le « triangle amoureux » des médias anciens et nouveaux tels qu’ils interagissent les uns avec les autres, à différents niveaux:

La révolution égyptienne a-t-elle alors réellement eu lieu en réponse à l’appel lancé sur Facebook, Twitter et les blogs activistes ou aurait-elle une racine plus profondément ancrée en chaque citoyen, prête à éclater à tout moment, ne retentissant que par coïncidence au même moment que les bouillonnements d’opinions fusaient sur le Net? La grande différence entre une révolution manquée et une révolution réussie est le motif et le meneur. Le motif du peuple égyptien, nous l’avons vu, est très simple: il revendique un Etat plus juste, l’abolition du pouvoir unique et le respect de la loi par les hommes qui le dirigent. Chaque Egyptien protestant sur la place Tahir savait pourquoi il manifestait, au nom de quelles idées et en réaction à quels comportements. C’est souvent avec des idées simples que l’on va le plus loin. Nul besoin d’inventer de faux arguments, la foule sait pourquoi elle se bat. Voilà le fondement d’une révolution bien partie.

Puis entre en scène le leader: généralement, il est charismatique, très bon rhétoricien et possède un don de persuasion inégalable. Pas cette fois. Aucun meneur pour la révolution égyptienne. Un mouvement généralisé du raz-le-bol ambiant comme prémisse, une volonté de changement pour seul moteur. C’est avant tout cette absence de leader concret qui, au fil de notre analyse, nous a menées à croire en une cyber-révolution à proprement parler. Mais ne confondons pas pouvoir et influence: si les réseaux sociaux ont eu un impact sur les velléités de la révolution, nous ne prétendrons pas qu’elle n’a eu lieu que grâce à eux. Le leader n’était pas Facebook, ni Twitter, ni les  vidéos, ni les podcasts, ni les blogs mais le peuple lui-même. Un peuple jeune, instruit et qui maîtrise les outils de communication. Un peuple qui est en phase de transition démographique et dont la cellule familiale se rapproche de plus en plus de notre nos modèles occidentaux. Un peuple dont les motifs de révoltes étaient clairs et légitimes.

Sommes-nous donc en train d’assister à la naissance d’un 5ème pouvoir? Les révolution arabes seraient-elles pareilles au scandale du Watergate qui a mené à la destitution du président Nixon? Au vue des différentes conclusions que nous avons pu tiré au fil de nos recherches, nous pensons pouvoir répondre de façon affirmative à ces questions. L’extraordinaire pouvoir de rassemblement des médias sociaux sont des armes insurrectionnelles potentielles capables de bousculer l’ordre établit. De façon plus générale, les médias sociaux ont pour rôle de générer des opinions, de les faire se mesurer les unes aux autres. Une forme de dialogue global se dégage aujourd’hui de ces espaces de liberté dont seul le citoyen a la clef! Autant d’éléments qui forcent à constater l’indéniable influence des réseaux sociaux dans le cadre de la révolution égyptienne.

Nadia, Laura et Géraldine

P.S: Merci infiniment pour avoir pris le temps de consulter notre blog, petit aperçu de notre perception des enjeux investis dans la révolution égyptienne.

World Have Your Say: l’art de croiser les médias

«World Have Your Say est une conversation globale hébergée par la BBC». Voilà la première phrase que l’on peut lire lorsque l’on cherche le descriptif de l’émission. Ce concept développé par la BBC World propose à la fois une émission et une plateforme Internet qui permet, à la façon des réseaux sociaux, de rendre compte des évènements grâce à la contribution du public. Il s’agit d’un programme qui est diffusé à la télévision tout les vendredis et à la radio tout les jours de la semaine. Ces vidéos et bandes-son sont également disponibles en podcast sur le site Internet qui est continuellement alimenté par des brèves et des liens vers des blogs. Une équipe de 7 personnes a d’ailleurs été spécialement créée afin de gérer et animer les émissions ainsi que la plateforme Internet.

Le site Internet propose également un espace consacré à Twitter (ci-dessus). Dans celui-ci on retrouve les derniers tweets des journalistes de la chaîne sur un sujet donné. Cela permet ainsi d’avoir accès très rapidement aux toutes dernières nouvelles. En plus de cela, on retrouve sur la plateforme des liens vers les pages Facebook ou encore Flickr de Have Your Say. Les renvois vers les réseaux sociaux sont donc nombreux et invitent à passer à la participation.

En permettant au public de participer, une chaîne telle que la BBC offre une extraordinaire visibilité aux citoyens, bloggeurs ou activistes. En tant que média traditionnel, il fournit aussi une forme de légitimité et surtout de crédibilité au blogs et aux «journalistes citoyens» qui ont participé aux révoltes en Egypte. Ainsi le 11 février, jour du départ de Hosni Moubarak, pas moins de 59 articles et vidéos ont été publiés dans la catégorie «News».

Enfin, la valeur ajoutée indéniable d’un tel concept est qu’il propose d’analyser, de hiérarchiser et de vérifier l’information reçue. En tant que média traditionnel, il fournit une forme de gage de confiance qui permet de faire le tri de l’information massive qui arrive tous les jours au sein des nombreux espaces des réseaux sociaux. Avec son équipe de journalistes professionnels, la BBC offre donc une tribune dont la parole est vérifiée en amont.

Mahmoud Salem est l’Egypte

Bloggeur révolutionnaire de 29 ans diplômé de la Northeastern University de Boston, Mahmoud Salem a crée le blog activiste anglais le plus réputé du Web avec plus de 5,5 millions de visiteurs ainsi que 25’000 followers sur Twitter. Dès 2006, Salem a posté des textes dénonçant la situation politique précaire de son pays et a exprimé ses opinions sans prendre les gants que d’autres auraient enfilés pour éviter la censure ou les remontrances étatiques. En plus de publier très régulièrement ses prises de positions face au régime Mubarak, il génère un flux de visiteurs de plus en plus important au fil des années, sa réputation de parleur libre et engagé se faisant connaître dans toute l’Egypte, puis dans le monde entier. La révolution venue, il encourage les siens à exprimer leur désaccord face au régime établi et soutient les manifestants place Tahir lorsque ses concitoyens sont au bilan des blessés.

Mahmoud Salem attire l’attention des médias par sa présence qui irradie l’Internet en cette période d’extrême tension et l’Etat égyptien en a vent. Son blog Rantings of a Sandmonkey (littéralement:  « déclamatoire d’un rebeu ») prend de l’élan et devient un site de référence à consulter pour obtenir des informations vierges de toute intervention étatique. Le gouvernement ne tolère pas cette tribune à la liberté d’expression et décide de faire passer le message, de gré ou de force. Ainsi, depuis le début de la révolution, le bloggeur a dû faire face à d’innombrables pressions provenant de l’Etat et des citoyens pro-Mubarak: arrêté par la police égyptienne en février et passé à tabac avant d’être relâché, il s’est également fait agresser dans sa voiture, qui accessoirement a été brûlée. Il a par ailleurs été la cible de plusieurs attaques à l’arme à feu et s’est vu envoyer des menaces en tous genres. Autant dire que la liberté a un prix qui se résume parfois, mais bien trop souvent dans ce genre de combats, à la mort. Mahmoud Salem le sait, en a fait l’expérience et tient bon malgré tout.

Véritable voix de la réalité égyptienne, Rantings of a Sandmonkey dit avec force, mais toujours avec respect, la vérité d’un peuple aux abois. Fier du courage de son peuple et fier d’être résistant, Mahmoud Salem explique la force du mouvement de la révolution par un fait relativement simple: « les demandes du peuple faites au gouvernement ne sont pas idéologique mais relèvent simplement des droits fondamentaux de tout un chacun, touchant les gens de toutes classes, d’éducation et de passés divers ».

Les réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter et leur désormais fameux « appels à la révolution » ont servi de tremplin aux opinions restées sans voix et leur ont donné « un moment et un lieu » pour se faire entendre. « C’est une révolution de 5 millions de personnes, qui ont décidé de faire passer l’intérêt de la communauté avant leur intérêt propre, sans même avoir de leader défini ». Voilà l’étendue du miracle selon Mahmoud Salem, qui déclare avec conviction que la page Facebook  organisant la révolution égyptienne est à l’origine de tout le mouvement de rébellion qui, malgré ce que peuvent dire ses détracteurs, n’a pas fini de faire parler de lui

http://worldblog.msnbc.msn.com/_news/2011/02/07/6007094-influential-opposition-blogger-goes-public

 

 

Le Temps du doute

 

(AP Photo/Nasser Nasser)

Le quotidien suisse Le Temps s’est intéressé de près à la vague de révoltes ayant littéralement raflé le Proche-Orient en ce début d’année 2011, publiant de manière très prolixe articles, débats, éclairages et autres éditoriaux sur le problème que posait l’urgence de ces révolutions, florissant toutes en même temps, dans le bourdonnement des voix des enfants de la liberté. Peu de parti pris pourtant pour ce journal qui, dans les pages qui fleurent bon le jasmin, favorise l’information ouverte et privilégie la critique pondérée plutôt que la dénonciation. Des points de vue aussi divers que variés y sont présentés, allant des craintes de membres de l’UDC de voir nos pays « envahis » par les citoyens égyptiens, libyens et tunisiens, à des études de l’influence réelle de Facebook et Twitter sur les mouvements de poings levés en passant par un questionnement sur la pertinence de l’appellation même de « révolution de jasmin ».

Un article du Temps datant du vendredi 18 mars 2011 consacré à Gene Sharp, chercheur américain spécialiste de la lutte non violente, éclaire le chemin qui mène à la liberté: « Tout pouvoir a des lignes de faiblesse qu’il faut savoir identifier. Le principe est de créer des dissensions au sein de l’appareil d’Etat ». Auteur d’un best-seller consultable sur Internet et lu par des millions de personnes à travers le monde, le professeur de Harvard explique par une liste de « mesures de révolution non violentes » comment un peuple peut se libérer de ses chaînes sans que le sang ne soit versé. Publié sur le site web de l’Institution Albert Einstein, nombre de bloggeurs et de leaders de la révolution égyptienne ont téléchargé le contenu de ce « recueil de la résistance » pour les distribuer place Tahir, même si peu d’entre eux reconnaissent l’avoir consulté, de peur que leurs opposants ne le découvrent et s’en servent de manière à mieux contre-attaquer. Sharp explique le succès des révoltes au sein des pays insurgés par une caractéristique récurrente: l’absence de peur des citoyens, qui ont tout à gagner et rien à perdre.

Tout à gagner, certes, mais encore faut-il trouver un moyen d’obtenir ce tout. En l’occurrence, ce moyen était  un vecteur bien connu: le vecteur communautaire. Facebook, Twitter et blogs imprégnés de slogans libertaires n’ont pas échappé à l’attention des médias traditionnels. Le Temps en a régulièrement relayé les grands « appels aux rassemblements » et les différentes opérations coup-de-poing organisées de part et d’autre du pays, expliquant toutefois, comme beaucoup de médias restant dubitatifs  face à l’influence des réseaux sociaux sur les mouvements de foule, la difficulté de mesurer l’impact de telles initiatives.

Journalistes et écrivains, politiques et économistes, Egyptiens ou Européens ont également eu le droit de plume dans les colonnes du journal, toutes opinions confondues. Certains dénoncent les violences et dégradations faites aux femmes par l’armée, d’autres demandent un plan Marshall pour la reconstruction du pays. D’aucuns pensent qu’il n’est pas utile de venir en aide à l’Egypte et prônent l’autosuffisance. Personne n’a raison, personne n’a tort. La diversité des opinions est louable mais le ton est par moments presque trop lisse considérant la gravité de certaines situations, à notre sens on ne peut plus intolérables (articles concernant les abus sexuels commis sur des manifestantes de la place Tahir par exemple. Voir lien au bas de l’article). En tant que journal de référence, Le Temps fait un travail de fond et s’efforce de mettre en lumière les grands enjeux de la révolution, mais il reste lucide sur l’avenir d’une montée au créneau aussi fulgurante, car la prise de conscience existe mais les bouleversements qui en découleront ne font que commencer.

Article Le Temps: http://www.letemps.ch/Page/Uuid/335bce18-5a44-11e0-b2b2-ee353dbb3c10/Les_manifestantes_victimes_de_larmée_égyptienne

Le front populaire pour le sarcasme

La jeune bloggeuse  Nawara Negm, activiste militante pour les droits de l’homme a su s’imposer comme une figure éminente de la jeunesse révolutionnaire en Egypte. C’est par un caractère téméraire et affirmé que la journaliste s’est donné la mission d’extérioriser la colère du peuple à travers son blog, « Gabhet El-Tahyees El-Chaabeyya », en français, « Le front populaire pour le sarcasme ». Un blog provocateur à la hauteur de son audace qui ne craint pas de s’opposer au régime sur un ton empreint d’ironie et d’amertume.

Nawara Negm

Fille d’un poète socialiste et d’une journaliste engagée, Nawara Negm est née au Caire en 1973 où elle travaille en tant que traductrice et éditrice à Nile TV. Au cours de sa carrière, on lui confiera une colonne dans le journal Al-Dostour qu’elle qualifie de « seul journal égyptien à la fois libéral et patriotique, indépendant au vrai sens du terme et sincère ». En 2006, la jeune femme âgée de 33ans lance son blog satirique qui fera parler de lui. Nawara Negm affirme aujourd’hui n’appartenir à aucun parti politique. Elle exprime simplement et dûment ses opinions sans contrainte ni autocensure. En 2009, son premier livre «Nid sur le Vent » est publié, suivi de sa deuxième création «Je suis une femme », un livre écrit collectivement et exclusivement par des femmes égyptiennes.

Invitée sur les plateaux d’Al Jazeera, Nawara Negm est devenue, comme Wael Ghonim, la porte-parole de l’opposition. En tant que journaliste, la jeune égyptienne a joué un rôle important dans les rapports entre la jeunesse égyptienne et les médias. Condamnant l’attitude parfois passive de certains jeunes qui ne manifestent pas leur opinion elle tend, au travers de son blog, à encourager l’interactivité qu’elle entretient avec ses internautes et cherche à les pousser à défendre leurs convictions par l’action.

« Freedom is only for those who are ready to die »

Son blog, écrit en arabe dans le langage de la rue, affiche un slogan poignant sur fond jaune où apparait l’image d’une jeune fille mordant à pleines dents un fil de fer barbelé : « La liberté est seulement pour ceux qui sont prêts à mourir ». Inutile de préciser que la détermination de Nawara est de fer : elle a confié au média tunisien Asslema.com, « nous avons déjà décidé d’aller jusqu’au bout de nos revendications, quels qu’en soient le prix et les conséquences. » Regroupant informations, photos et vidéos sur l’insurrection, le blog traite de dossiers tels que la crise ouvrière ou la liberté de croyance. Mais il invite essentiellement les internautes à signer diverses pétitions en vue d’améliorer les conditions de vie en Egypte.

Azmi, Sorour et El Sherif

Le blog satirique présente en page d’accueil 13 différentes pétitions et affiche le nombre de signatures recueillies pour chacune. Une page entière permet de collecter des signatures électroniques pour les droits de l’homme. Nom complet, nationalité et adresse mail sont les trois champs à remplir par l’internaute qui souhaiterait signer une pétition pour superviser les poursuites judiciaires à l’encontre de Zakaria Azmi, Chef de cabinet de Moubarak ; Fathi Sorour, le plus ancien président du parlement dans l’histoire d’Egypte et Safwat El-Sherif, secrétaire général du parti de Moubarak, tous trois accusés de corruption. Les internautes sont appelés à signer la pétition afin d’obtenir une transparence concernant les comptes bancaires de ces hommes d’Etat. Selon Info-Palestine.net, « Les manifestants de la place Tahrir estiment que Azmi détient les informations nécessaires pour démêler les affaires de la famille du président déchu. Il est également accusé d’avoir profité de sa position afin d’obtenir des sommes colossales pour lui et sa famille, sans oublier l’acquisition de biens immobiliers et des terres agricoles de premier choix à travers toute l’Egypte. »

Nombre actuel de signataires: 16817. Il semble que le système de Nawara fonctionne. Le blog s’est transformé en outil de pouvoir qui orchestre, parallèlement à l’organisation politique réelle, un agencement virtuel plus démocratique dont la portée, elle, est bien concrète. Si une telle action était possible à l’époque où les signatures se récoltaient au porte-à-porte, il semble que l’on ait suffisamment démontré le pouvoir de rassemblement des médias numériques pour en déduire un effet largement plus conséquent et plus rapide.

 

Chronologie de la chute de Moubarak

JANVIER 2011

25 : Début des manifestations qui mobilisent des milliers de personnes. Elles ont été précédées de plusieurs cas d’immolation, gestes rappelant celui d’un Tunisien qui avait déclenché la révolte ayant conduit à la chute de Zine El Abidine Ben Ali.

26 : Des milliers de manifestants dans les rues malgré l’interdiction des autorités. La police fait usage de gaz lacrymogènes, de matraques et même de pierres. Les protestataires jettent des pierres sur les forces anti-émeutes.

27 : Au moins un millier de personnes arrêtées (officiel). L’opposant Mohamed ElBaradei revient au Caire et se dit prêt à mener la transition.

28 : Des manifestations massives dégénèrent en émeutes: au moins 62 morts dans des heurts manifestants-policiers.

Hosni Moubarak demande à l’armée de faire respecter la sécurité et d’appliquer le couvre-feu au Caire, à Alexandrie et Suez.

Incendies au siège du parti au pouvoir et dans de nombreux commissariats. Nuit marquée par des pillages.

29 : Au moins 33 morts dans des heurts. A Rafah et Ismaïliya, les sièges de la Sûreté de l’Etat attaqués, émeutes dans des prisons.

Hosni Moubarak nomme un nouveau Premier ministre, le général Ahmad Chafic, et crée un poste de vice-président, octroyé au chef des Renseignements, le général Omar Souleimane.

30 : Des milliers de manifestants au Caire. L’armée boucle le centre-ville avec des chars d’assaut, des avions de chasse survolent la capitale à basse altitude.

31 : Hosni Moubarak forme un nouveau gouvernement. Au ministère de l’Intérieur, Habib el-Adli est remplacé par Mahmoud Wagdi.

L’armée s’engage à ne pas faire usage de la force, jugeant les revendications du peuple « légitimes ».

FEVRIER

1er : Plus d’un million de manifestants dans le pays.

Hosni Moubarak annonce qu’il ne sera pas candidat à la présidentielle. Les manifestants exigent son départ immédiat.

2-3 : Des heurts sanglants éclatent place Tahrir, lorsque des partisans de M. Moubarak font irruption. Les manifestants antigouvernementaux repoussent leurs assaillants. Onze morts et 915 blessés.

4  : Des centaines de milliers d’Egyptiens dans les rues, à l’occasion d’une mobilisation baptisée « vendredi du départ ».

5 : Démission du bureau exécutif du Parti national démocrate (PND), dont fait partie le fils de Moubarak, Gamal.

6 : Les Frères musulmans se joignent à un dialogue politique national, avec d’autres groupes d’opposition, mais dénoncent l’insuffisance des réformes proposées.

7 : Moubarak promet une hausse des salaires et décide d’une commission d’enquête sur les violences.

8 : Des centaines de milliers de personnes défilent au Caire et en province, manifestations les plus importantes depuis le début du mouvement. Moubarak forme une commission pour amender la Constitution.

9 : Des violences sanglantes touchent le Sud reculé. Des centaines de manifestants encerclent le Parlement et le siège du gouvernement au Caire. Le pouvoir avertit que l’armée interviendra « en cas de chaos pour reprendre les choses en main ».

10 : Hosni Moubarak annonce qu’il délègue ses prérogatives au vice-président tout en s’accrochant au pouvoir, déclenchant la fureur des manifestants. Le président américain Barack Obama juge que ce transfert de pouvoirs n’est pas « suffisant ».

11 : Plus d’un million de manifestants dans toute l’Egypte. Le président Moubarak quitte ses fonctions et remet le pouvoir à l’armée, provoquant une explosion de joie dans le pays.