Objectif du blog

« Cyber-révolution », « Révolution 2.0 », « Facebook révolution » sont des termes systématiquement associés à l’insurrection égyptienne qui a ébranlé puis dissout le régime despotique du président Hosni Moubarak à une vitesse vertigineuse de 18 jours.

Notre blog a pour objectif de comprendre quel rôle les nouveaux médias ont joué dans la révolution en Egypte, depuis le début des soulèvements jusqu’à la chute du président, le 11 février 2011. Nous chercherons à comprendre ce que ces médias ont pu apporter de neuf dans un pays en pleine crise politique et à quel point ils ont influencé l’activisme de l’opposition.

Réalisé dans le cadre d’un cours de perspectives historiques du journalisme, le blog propose l’analyse de différents médias nouveaux, en ce qu’ils impliquent une participation des citoyens, afin de déterminer l’impact qu’ils ont provoqué sur les manifestations.

Les réseaux sociaux ont, semble-t-il, été les moteurs de la révolution dans la mesure où ils ont permis aux contestataires de poursuivre leur lutte contre le régime lorsque tout rassemblement politique était prohibé, toute communication à des fins de manifestation étaient bloquées, et lorsque la liberté d’expression se faisait pauvre. En d’autres termes, il semble que Facebook et Twitter aient joué un rôle capital pour contrer la répression et pour maintenir le combat au-delà des contraintes imposées par le gouvernement.

Facebook ayant apparemment été vital à l’opposition en tant qu’outil de rassemblement et de communication libre, nous avons choisi d’étudier les deux principaux groupes égyptiens pro-démocratiques du réseau qui sont à l’origine des premières manifestations : Le mouvement du 6 avril, créé par Ahmed Maher, ainsi que Nous sommes tous Khaled Said, fondé par le cybermilitant Wael Ghonim.

Twitter quant à lui, a permis de donner une dimension d’instantanéité à l’information. Etant positionné sur la toile comme un média social majeur, il nous a semblé essentiel d’en analyser les effets. Pour ce faire, nous avons choisi deux exemples: Le ashtag emblématique « #jan25 » qui a donné une extraordinaire visibilité au mouvement d’opposition et la page de Rami Raoof, qui a activement participé à l’alimentation en images, en commentaires et en vidéos des évènements.

Les soulèvements ont laissé germer des milliers de blogs dédiés à la rage de la jeunesse égyptienne. Prodiguant informations, motivation et poussant les internautes à agir, les blogs ont été des outils révolutionnaires de partage, de soutien et d’action. Certains blogs sont devenus des porte-paroles de la souffrance du peuple et ont mené à des actions politiques concrètes qui ont contribué à la transition vers un système plus démocratique. Parmi eux, nous avons choisi le blog d’une jeune égyptienne engagée, Nawara Negm intitulé Le front populaire pour le sarcasme ainsi que celui de Mahmoud Salem, activiste égyptien se battant pour le droit à l’information sur sa tribune virtuelle désormais connue internationalement: Rantings of a Sandmonkey.

L’accès aux journalistes sur la place Tahrir n’était pas très évident lors des soulèvements. Les informations nous proviennent essentiellement de sources locales, d’individus qui ne pratiquent pas le journalisme mais passent par des réseaux sociaux ou par des blogs. Ainsi, pour comprendre les atouts supposés des nouveaux médias en comparaison aux médias traditionnels qui ne jouissent pas d’une telle indépendance dans un régime totalitaire, nous avons décidé de comprendre dans quelle mesure un média traditionnel extérieur à l’Egypte comme le quotidien Le Temps traite les informations relayées par les nouveaux médias et quelle analyse il fait de la situation dans laquelle se trouve le pays.

La plateforme internet Word Have Your Say de la BBC World ainsi que ses deux émissions TV et radio se fondent sur un concept original: donner une tribune et une visibilité aux « journalistes citoyens » et aux réseaux sociaux. Plus qu’ailleurs, ce concept cherche à croiser tous les types de médias afin d’ouvrir un dialogue dit « global ». Ainsi en présentant ce média traditionnel, nous chercherons à monter comment les médias traditionnels tentent d’égaler la diversité des modalités propres aux réseaux sociaux.

Enfin, nous nous sommes penchées sur  l’analyse que Mme. Katarina Stanoevska, experte en nouvelles technologies de l’information et de la communication, notamment concernant les réseaux sociaux, fait du conflit égyptien en rapport aux médias sociaux. Ceci afin de mieux comprendre l’efficacité des nouveaux médias dans une perspective plus globale.

Ainsi, par l’analyse de ces différents médias, nous émettons l’hypothèse que les nouveaux médias ont largement favorisé les soulèvements en Egypte, d’une part par leur pouvoir de rassemblement, d’autre part par leur pouvoir communiquant qui transcende les censures du gouvernement, engendrant par ce biais une accélération et une facilitation du processus de révolution. Ce présupposé repose sur le fait qu’avant le développement des médias numériques et l’investissement de ceux-ci par la nouvelle génération, aucune révolution n’aurait pu être été menée de la façon dont les événements se sont déroulés en Egypte: aucun leader ne s’est clairement distingué si ce n’est des informaticiens comme Wael Ghonim ou des journalistes comme Nawara Negm, le peuple a réellement été, nous allons tenter de le démontrer, un leader à lui seul.

 

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Conclusion

Le monde tel que nous le connaissions avant l’arrivée de l’Internet n’existe plus. Les nouveaux médias ont formé une nouvelle génération de consommateurs de l’information, toujours plus désireux de savoir vite, bien et globalement. C’est là l’atout des sites communautaires qui, c’est aujourd’hui indéniable, ont un réel pouvoir de rassemblement des foules dans tous les pays. La communication est devenue la clé de voûte de notre monde ultra connecté et les nouveaux médias font ce que les médias traditionnels ne font qu’avec plus de restrictions: communiquer à l’intérieur ainsi qu’à l’extérieur d’un pays, joignant à leur crédo des millions de personnes de tous horizons. Mais la presse print, radio ou TV n’a pas pour autant moins de légitimité ou de crédibilité que les médias modernes, tels les blogs, Internet ou les plateformes sociales.

Il s’agit en réalité d’une complémentarité dont bénéficie chaque branche de l’information: les médias traditionnels profitent du « mainstream » dont les nouveaux médias bénéficient, de leur accessibilité très facilitée de par le fait que leur contenu est ouvert à tous, et de l’information non censuré, provenant directement des personnes concernées, caractéristique de l’Internet. De cette manière, ils peuvent s’informer sur les dernières nouvelles locales comme sur  celles provenant de l’autre bout du monde sans même avoir besoin de se déplacer ou de dépêcher un reporter sur place. Les réseaux sociaux, eux, s’inspirent de la presse traditionnelle pour donner une crédibilité à leurs articles ainsi que des sources plus formelles, essentielles pour une analyse complète de l’information. D’autre part, les médias traditionnels, surtout la TV, apportent aux « médias leaders » du web une plus grande visibilité. Il est courant de voir des créateurs de pages Facebook et des bloggeurs invités sur les plateaux de télévision et prendre la parole sur les chaînes publiques, à des heures de grand audimat.

Ci-dessous, le « triangle amoureux » des médias anciens et nouveaux tels qu’ils interagissent les uns avec les autres, à différents niveaux:

La révolution égyptienne a-t-elle alors réellement eu lieu en réponse à l’appel lancé sur Facebook, Twitter et les blogs activistes ou aurait-elle une racine plus profondément ancrée en chaque citoyen, prête à éclater à tout moment, ne retentissant que par coïncidence au même moment que les bouillonnements d’opinions fusaient sur le Net? La grande différence entre une révolution manquée et une révolution réussie est le motif et le meneur. Le motif du peuple égyptien, nous l’avons vu, est très simple: il revendique un Etat plus juste, l’abolition du pouvoir unique et le respect de la loi par les hommes qui le dirigent. Chaque Egyptien protestant sur la place Tahir savait pourquoi il manifestait, au nom de quelles idées et en réaction à quels comportements. C’est souvent avec des idées simples que l’on va le plus loin. Nul besoin d’inventer de faux arguments, la foule sait pourquoi elle se bat. Voilà le fondement d’une révolution bien partie.

Puis entre en scène le leader: généralement, il est charismatique, très bon rhétoricien et possède un don de persuasion inégalable. Pas cette fois. Aucun meneur pour la révolution égyptienne. Un mouvement généralisé du raz-le-bol ambiant comme prémisse, une volonté de changement pour seul moteur. C’est avant tout cette absence de leader concret qui, au fil de notre analyse, nous a menées à croire en une cyber-révolution à proprement parler. Mais ne confondons pas pouvoir et influence: si les réseaux sociaux ont eu un impact sur les velléités de la révolution, nous ne prétendrons pas qu’elle n’a eu lieu que grâce à eux. Le leader n’était pas Facebook, ni Twitter, ni les  vidéos, ni les podcasts, ni les blogs mais le peuple lui-même. Un peuple jeune, instruit et qui maîtrise les outils de communication. Un peuple qui est en phase de transition démographique et dont la cellule familiale se rapproche de plus en plus de notre nos modèles occidentaux. Un peuple dont les motifs de révoltes étaient clairs et légitimes.

Sommes-nous donc en train d’assister à la naissance d’un 5ème pouvoir? Les révolution arabes seraient-elles pareilles au scandale du Watergate qui a mené à la destitution du président Nixon? Au vue des différentes conclusions que nous avons pu tiré au fil de nos recherches, nous pensons pouvoir répondre de façon affirmative à ces questions. L’extraordinaire pouvoir de rassemblement des médias sociaux sont des armes insurrectionnelles potentielles capables de bousculer l’ordre établit. De façon plus générale, les médias sociaux ont pour rôle de générer des opinions, de les faire se mesurer les unes aux autres. Une forme de dialogue global se dégage aujourd’hui de ces espaces de liberté dont seul le citoyen a la clef! Autant d’éléments qui forcent à constater l’indéniable influence des réseaux sociaux dans le cadre de la révolution égyptienne.

Nadia, Laura et Géraldine

P.S: Merci infiniment pour avoir pris le temps de consulter notre blog, petit aperçu de notre perception des enjeux investis dans la révolution égyptienne.

Le front populaire pour le sarcasme

La jeune bloggeuse  Nawara Negm, activiste militante pour les droits de l’homme a su s’imposer comme une figure éminente de la jeunesse révolutionnaire en Egypte. C’est par un caractère téméraire et affirmé que la journaliste s’est donné la mission d’extérioriser la colère du peuple à travers son blog, « Gabhet El-Tahyees El-Chaabeyya », en français, « Le front populaire pour le sarcasme ». Un blog provocateur à la hauteur de son audace qui ne craint pas de s’opposer au régime sur un ton empreint d’ironie et d’amertume.

Nawara Negm

Fille d’un poète socialiste et d’une journaliste engagée, Nawara Negm est née au Caire en 1973 où elle travaille en tant que traductrice et éditrice à Nile TV. Au cours de sa carrière, on lui confiera une colonne dans le journal Al-Dostour qu’elle qualifie de « seul journal égyptien à la fois libéral et patriotique, indépendant au vrai sens du terme et sincère ». En 2006, la jeune femme âgée de 33ans lance son blog satirique qui fera parler de lui. Nawara Negm affirme aujourd’hui n’appartenir à aucun parti politique. Elle exprime simplement et dûment ses opinions sans contrainte ni autocensure. En 2009, son premier livre «Nid sur le Vent » est publié, suivi de sa deuxième création «Je suis une femme », un livre écrit collectivement et exclusivement par des femmes égyptiennes.

Invitée sur les plateaux d’Al Jazeera, Nawara Negm est devenue, comme Wael Ghonim, la porte-parole de l’opposition. En tant que journaliste, la jeune égyptienne a joué un rôle important dans les rapports entre la jeunesse égyptienne et les médias. Condamnant l’attitude parfois passive de certains jeunes qui ne manifestent pas leur opinion elle tend, au travers de son blog, à encourager l’interactivité qu’elle entretient avec ses internautes et cherche à les pousser à défendre leurs convictions par l’action.

« Freedom is only for those who are ready to die »

Son blog, écrit en arabe dans le langage de la rue, affiche un slogan poignant sur fond jaune où apparait l’image d’une jeune fille mordant à pleines dents un fil de fer barbelé : « La liberté est seulement pour ceux qui sont prêts à mourir ». Inutile de préciser que la détermination de Nawara est de fer : elle a confié au média tunisien Asslema.com, « nous avons déjà décidé d’aller jusqu’au bout de nos revendications, quels qu’en soient le prix et les conséquences. » Regroupant informations, photos et vidéos sur l’insurrection, le blog traite de dossiers tels que la crise ouvrière ou la liberté de croyance. Mais il invite essentiellement les internautes à signer diverses pétitions en vue d’améliorer les conditions de vie en Egypte.

Azmi, Sorour et El Sherif

Le blog satirique présente en page d’accueil 13 différentes pétitions et affiche le nombre de signatures recueillies pour chacune. Une page entière permet de collecter des signatures électroniques pour les droits de l’homme. Nom complet, nationalité et adresse mail sont les trois champs à remplir par l’internaute qui souhaiterait signer une pétition pour superviser les poursuites judiciaires à l’encontre de Zakaria Azmi, Chef de cabinet de Moubarak ; Fathi Sorour, le plus ancien président du parlement dans l’histoire d’Egypte et Safwat El-Sherif, secrétaire général du parti de Moubarak, tous trois accusés de corruption. Les internautes sont appelés à signer la pétition afin d’obtenir une transparence concernant les comptes bancaires de ces hommes d’Etat. Selon Info-Palestine.net, « Les manifestants de la place Tahrir estiment que Azmi détient les informations nécessaires pour démêler les affaires de la famille du président déchu. Il est également accusé d’avoir profité de sa position afin d’obtenir des sommes colossales pour lui et sa famille, sans oublier l’acquisition de biens immobiliers et des terres agricoles de premier choix à travers toute l’Egypte. »

Nombre actuel de signataires: 16817. Il semble que le système de Nawara fonctionne. Le blog s’est transformé en outil de pouvoir qui orchestre, parallèlement à l’organisation politique réelle, un agencement virtuel plus démocratique dont la portée, elle, est bien concrète. Si une telle action était possible à l’époque où les signatures se récoltaient au porte-à-porte, il semble que l’on ait suffisamment démontré le pouvoir de rassemblement des médias numériques pour en déduire un effet largement plus conséquent et plus rapide.

 

Nous sommes tous Khaled Said

Des poings levés, des caricatures de Moubarak, une place Tahrir fourmillante de manifestants. La page Facebook « Nous sommes tous Khaled Said » appelle à une Egypte libre, défaite de la violence des forces de l’ordre. 36’332 images d’espoir et de haine, des articles sur la souffrance du peuple, des textes de propagande anti-Moubarak, des vidéos Youtube de soutien envoyées des quatre coins du monde… En somme, des appels à l’aide, à la mobilisation, à l’action. Et 1’128’626 personnes « aiment ça ».

La page Facebook a été créée par le cybermilitant Wael Ghonim en hommage au jeune bloggeur Khaled Said, arrêté à la sortie d’un cyber-café d’Alexandrie et battu à mort par les policiers en juin 2010. Cet évènement qui a marqué les esprits est devenu le symbole d’une détérioration de la liberté d’expression et d’une répression sans bornes.

Wael Ghonim


Jeune cadre chez Google, plus précisément responsable marketing pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Wael Ghonim se met à participer activement aux manifestations qui éclatent au Caire le 23 janvier. Lorsque le jeune trentenaire décide de créer le groupe Facebook anticonformiste en hommage à Khaled Said, il est arrêté par les forces policières et remis aux services de sécurité de l’Etat. L’Egypte toute entière reste sans nouvelles de lui pendant 12 jours. Les forces d’Hosni Moubarak font alors subir à Wael Ghonim un interrogatoire, les yeux bandés, pour apprendre qui sont ses employeurs, ne croyant pas à un élan de rébellion indépendant. Le jeune homme relâché, il est accueilli en triomphe sur la place Tahrir et déclare « J’aime à appeler ça la révolution Facebook mais après avoir vu les gens ici, je dirais que c’est la révolution du peuple égyptien. C’est formidable ». À ce jour, Wael Ghonim est devenu un symbole d’espoir et de lutte aux yeux du peuple, l’icône incontestable de la révolution égyptienne.

Des médias nouveaux aux médias traditionnels

Comme beaucoup de « leaders du net », Wael Ghonim est devenu le porte parole de la souffrance du peuple égyptien et a tissé un lien entre les nouveaux médias du peuple et la sphère publique des médias traditionnels. Invité sur nombre de plateaux TV nationaux comme Al-Jazeera ou Dream 2 et internationaux comme CNN, le jeune « héros malgré lui » a pu offrir d’avantage de visibilité à son média Facebook, grâce à ses interviews sur les chaînes TV. Ainsi, il semble que si les médias numériques tels que les réseaux sociaux offrent des avantages que les médias traditionnels ne permettent pas, ceux-ci jouent des rôles différents, voir même complémentaires, l’un étant plus interactif, l’autre plus visible.

Le témoignage de Wael Ghonim à la sortie de son arrestation a bouleversé des milliers de téléspectateurs. Le jeune homme s’est effondré sur le plateau de Dream 2 alors qu’il parlait de sa détention par les forces armées de Moubarak et découvrait l’horreur des soulèvements qui ont eu lieu, au cours de ses douze derniers jours d’incarcération. Cette souffrance mise à nu devant les yeux de milliers d’égyptiens révoltés par la brutalité de la répression soulève une vague d’émotion à travers toute l’Egypte et multiplie le nombre de visites et de « fans » de son groupe Facebook.

Wael Ghonim invité sur les plateaux de Dream 2 après sa libération, le 7 février

Wael Ghonim interviewé par CNN, le 9 février

Wael Ghonim sur Alarabiya, le 11 février


De Facebook à la réalité

En septembre 2010, le groupe avait déjà rassemblé 10% des utilisateurs Facebook en Egypte. Alors que le gouvernement niait le meurtre du jeune Khaled Said en prétendant qu’il s’agissait d’un suicide, le groupe de Wael Ghonim a fait éclater la vérité en publiant une image du visage défiguré du jeune martyr.

Ainsi, la page aura été un outil de lutte pour le pouvoir, mais aussi pour la vérité. Il semble que les réseaux sociaux aient bel et bien fait honneur au premier devoir des journalistes, à savoir la recherche de la vérité. Et cela dans un pays où règnent l’oppression et la censure.

Quelques chiffres

Alors que Moubarak a été destitué de ses pouvoirs, le groupe publie fièrement au mois de mars un bilan des répercussions qu’il a provoqué en Egypte. Titre de l’article, « Un milliard et 300 millions de vues depuis son lancement ».

Ces statistiques montrent que les posts du groupe « Nous sommes tous Khaled Said » ont été vus un million trois-cents mille fois. Le nombre de commentaires sur les articles atteint les 11 millions.

Le groupe dénombre également qu’un million de personnes environ déposent du texte sur la page au moins une fois par mois, 800 000 personnes le font une fois par semaine et 500 000 au moins une fois par jour.

Ces chiffres révèlent la participation de nouveaux membres à la page Facebook depuis le 8 février, jour où Wael Ghonim a été relâché par les forces de Moubarak.

Le graphique ci-dessous dénote une proportion de 37% de femmes parmi les participants et de 43% de jeunes âgés entre 18 et 24 ans.

 

Chronologie de la chute de Moubarak

JANVIER 2011

25 : Début des manifestations qui mobilisent des milliers de personnes. Elles ont été précédées de plusieurs cas d’immolation, gestes rappelant celui d’un Tunisien qui avait déclenché la révolte ayant conduit à la chute de Zine El Abidine Ben Ali.

26 : Des milliers de manifestants dans les rues malgré l’interdiction des autorités. La police fait usage de gaz lacrymogènes, de matraques et même de pierres. Les protestataires jettent des pierres sur les forces anti-émeutes.

27 : Au moins un millier de personnes arrêtées (officiel). L’opposant Mohamed ElBaradei revient au Caire et se dit prêt à mener la transition.

28 : Des manifestations massives dégénèrent en émeutes: au moins 62 morts dans des heurts manifestants-policiers.

Hosni Moubarak demande à l’armée de faire respecter la sécurité et d’appliquer le couvre-feu au Caire, à Alexandrie et Suez.

Incendies au siège du parti au pouvoir et dans de nombreux commissariats. Nuit marquée par des pillages.

29 : Au moins 33 morts dans des heurts. A Rafah et Ismaïliya, les sièges de la Sûreté de l’Etat attaqués, émeutes dans des prisons.

Hosni Moubarak nomme un nouveau Premier ministre, le général Ahmad Chafic, et crée un poste de vice-président, octroyé au chef des Renseignements, le général Omar Souleimane.

30 : Des milliers de manifestants au Caire. L’armée boucle le centre-ville avec des chars d’assaut, des avions de chasse survolent la capitale à basse altitude.

31 : Hosni Moubarak forme un nouveau gouvernement. Au ministère de l’Intérieur, Habib el-Adli est remplacé par Mahmoud Wagdi.

L’armée s’engage à ne pas faire usage de la force, jugeant les revendications du peuple « légitimes ».

FEVRIER

1er : Plus d’un million de manifestants dans le pays.

Hosni Moubarak annonce qu’il ne sera pas candidat à la présidentielle. Les manifestants exigent son départ immédiat.

2-3 : Des heurts sanglants éclatent place Tahrir, lorsque des partisans de M. Moubarak font irruption. Les manifestants antigouvernementaux repoussent leurs assaillants. Onze morts et 915 blessés.

4  : Des centaines de milliers d’Egyptiens dans les rues, à l’occasion d’une mobilisation baptisée « vendredi du départ ».

5 : Démission du bureau exécutif du Parti national démocrate (PND), dont fait partie le fils de Moubarak, Gamal.

6 : Les Frères musulmans se joignent à un dialogue politique national, avec d’autres groupes d’opposition, mais dénoncent l’insuffisance des réformes proposées.

7 : Moubarak promet une hausse des salaires et décide d’une commission d’enquête sur les violences.

8 : Des centaines de milliers de personnes défilent au Caire et en province, manifestations les plus importantes depuis le début du mouvement. Moubarak forme une commission pour amender la Constitution.

9 : Des violences sanglantes touchent le Sud reculé. Des centaines de manifestants encerclent le Parlement et le siège du gouvernement au Caire. Le pouvoir avertit que l’armée interviendra « en cas de chaos pour reprendre les choses en main ».

10 : Hosni Moubarak annonce qu’il délègue ses prérogatives au vice-président tout en s’accrochant au pouvoir, déclenchant la fureur des manifestants. Le président américain Barack Obama juge que ce transfert de pouvoirs n’est pas « suffisant ».

11 : Plus d’un million de manifestants dans toute l’Egypte. Le président Moubarak quitte ses fonctions et remet le pouvoir à l’armée, provoquant une explosion de joie dans le pays.

Le mouvement du 6 avril



« Notre génération a le droit de juger … Soit nous réussissons … Soit nous offrons un avantage grâce à l’expérience des autres générations. »  C’est le slogan du groupe moteur de la révolution égyptienne sur Facebook, le mouvement du 6 avril. Avec 106 586 membres aujourd’hui, la page conçue par une équipe de jeunes égyptiens engagés est à la base de la première manifestation du 25 janvier qui a lancé le mouvement pour aboutir à la chute du régime d’Hosni Moubarak, 18 jours plus tard.

Si le groupe a largement contribué à la révolution 2011, les racines de l’insurrection ont germé trois ans plus tôt, dans la ville de El Mahala, au nord du Caire, par les soins d’un jeune égyptien, Ahmed Maher et de son amie Esraa Abdel Fattah.

Ahmed Maher

Âgé de 28 ans, le jeune ingénieur en bâtiment milite alors avec son amie au sein d’un petit groupe d’activistes démocrates en marge du régime. Epuisés par la dictature et handicapés par la répression, les jeunes révolutionnaires sont écœurés par le système. Déçus par l’impuissance des quelques poignées de manifestants, les deux jeunes gens décident d’exploiter le potentiel d’un outil en pleine expansion, Facebook. Ainsi quand 24000 ouvriers d’une usine de textile se plaignent de conditions de travail insoutenables, l’idée devient claire : le réseau social créé pour lier des contacts pourrait bien servir à concentrer le pouvoir de l’opposition en rassemblant et décuplant le nombre de contestataires.

À deux, ils créent une page pour appeler à la grève générale le 6 avril. Le résultat est imminent : 70’000 personnes adhèrent au groupe et le 6 avril devient une date marquée d’une pierre blanche, celle de la plus grande manifestation qui ait eu lieu au Caire depuis 30ans. La vanne est alors ouverte. L’Egypte connaîtra pas moins de 1254 grèves cette année. Le pouvoir des réseaux sociaux est révélé, un espoir de liberté gagne le peuple. Si la répression s’accentue à mesure que grossissent les soulèvements, les résultats sont là : Moubarak cède à une hausse des salaires. La théorie sur l’efficacité du réseau est confirmée. Le groupe dédié au mouvement du 6 avril est créé un an plus tard et poursuit ses appels à l’insurrection.

 

Cachez cette voix que je ne saurais entendre

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La liberté d’expression étant un principe initialement démocratique et laïque, un Etat tel qu’une Egypte écorchée par les heurts religieux et la dictature peut difficilement faire valoir ses droits fondamentaux sous le règne d’un président élu en 1981 et successivement réélu tous les 6 ans, pendant 20 ans. Hosni Mubarak a instauré par ce biais un régime du parti unique sachant qu’étrangement, aucun concurrent ne s’est jamais présenté contre lui aux élections. Preuve que le « régime de la terreur » tel qu’on le connaît dans des pays bien moins favorisés et développés peut aussi exister dans les gouvernements se voulant modernes et tolérants.

Officialisée depuis 1948 à l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, la liberté d’expression, bien que considérée comme un droit fondamental, reste peu respectée dans une majorité de pays. En effet, cette liberté est souvent sujette à interprétation selon les intérêts des Etats qui doivent s’y plier. C’est pourquoi il est difficile d’affirmer qu’un pays respecte ce droit à la lettre car, comme on peut le constater dans l’extrait ci-dessous, ses limites ne sont pas clairement définies par les textes qui l’établissent :

« Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

Selon le classement mondial de la liberté de la presse 2010 établi annuellement par Reporters sans frontières, L’Egypte se situe à la 127ème place sur 178 pays analysés, soit 15 places de moins qu’en 2002, année de création de la liste. Le pays a néanmoins gagné 16 places depuis 2009, période durant laquelle il n’était que 143ème sur la liste. Mais depuis les nombreuses violences dirigées contre la presse, survenues conséquemment aux soulèvements au sein du pays, le bilan 2011 se verra certainement assombri de la bien triste réalité d’une situation démocratique peu reluisante.

En effet, la liberté de la presse reste un sujet très sensible en Egypte comme dans tous les autres pays s’étant levés contre leur gouvernement. Une presse libre signifierait une liberté d’opinion totale pour les citoyens, et par conséquent une entrave à la politique répressionniste de l’Etat. Les journalistes et membres de médias internationaux sont régulièrement attaqués par l’armée et la liste des dégâts s’allonge progressivement. Seulement pendant la journée du mercredi 2 février 2011, place Tahir, on a déploré un mort, 79 journalistes attaqués, 76 détentions et 25 membres de presse dont le matériel ou les bureaux ont été saccagés (sources: RSF). Ci-dessous, la carte mondiale 2011 de la liberté de la presse publiée annuellement par Reporters Sans Frontières:

On notera que la situation de la presse en Egypte est précaire, d’autant plus après les agressions répétées envers les médias ainsi que l’extinction des réseaux sociaux libres, muselant ainsi toute liberté d’information, de diffusion d’opinion et d’expression pour le peuple. Entouré par la Lybie ainsi que par Le Soudan où la liberté de la presse est considérée comme étant dans une situation très inquiétante, l’Egypte n’a pas de modèle démocratique vers lequel se tourner ni sur qui prendre exemple et semblait jusqu’alors s’enliser dans ses propres certitudes. Les violentes réprimes dont les journalistes ont été l’objet en Egypte les poussent a passer par d’autres voies pour dire ce qu’ils ont a dire, pour rendre compte d’une réalité que leur Etat les empêche de dévoiler. Et peu importent les brimades et les interdictions d’accès à Internet, ces initiatives n’auront eu d’autres conséquences que d’encourager d’autant plus les gens à se révolter. Preuve à l’appui: c’est lorsqu’Internet a été coupé dans tout le pays que l’on a enregistré le plus grand pic de présences dur la place Tahir. 

Dans l’optique d’une ouverture du monde sur la situation préoccupante de la démocratie dans certains pays, chaque année, Reporters sans frontières fait campagne contre les dictateurs de ce monde. Sur le site de l’association, on trouve notamment des affiches représentant Mouammar Kadhafi et Mahmoud Ahmadinejad avec ce simple slogan : « Seule une presse libre peut leur faire mal ». Il s’agit là d’une tentative de sensibilisation auprès de la population au rôle primordial que joue la  liberté d’expression dans le bon fonctionnement, la pérennité et la démocratie d’une société moderne, évoluée et sereine.

Le départ du raïs égyptien Hosni Moubarak, le 11 février 2011 (successeur du président Anouar el-Sadate, assassiné en 1981), a symbolisé pour les 85 millions d’habitants du pays une libération mais aussi et surtout le début d’une période indéterminée de chaos et d’instabilité. Indépendante du protectorat du Royaume-Uni depuis 1922, l’Egypte moderne n’a jamais connu de période de « blanc » politique telle que celle à laquelle elle doit faire face aujourd’hui. Mais la révolution qui y fait rage, en perturbant tout le système établi, pourrait aboutir à l’établissement d’un gouvernement radicalement différent, où démocratie deviendrait le maître mot, et les droits de l’homme y auraient alors enfin la place qu’ils devraient avoir, à commencer par la liberté d’expression et par le même biais la liberté de la presse. Si et seulement si cette révolution est prise en main dans une réelle perspective de renouveau et qu’elle ne dérive pas vers une situation de stand-by politique indéterminé dans laquelle s’est retrouvé notamment l’Irak après l’intervention des Etats-Unis, l’Egypte a de solides chances de recouvrer ses droits les plus légitimes et fondamentaux.