Mahmoud Salem est l’Egypte

Bloggeur révolutionnaire de 29 ans diplômé de la Northeastern University de Boston, Mahmoud Salem a crée le blog activiste anglais le plus réputé du Web avec plus de 5,5 millions de visiteurs ainsi que 25’000 followers sur Twitter. Dès 2006, Salem a posté des textes dénonçant la situation politique précaire de son pays et a exprimé ses opinions sans prendre les gants que d’autres auraient enfilés pour éviter la censure ou les remontrances étatiques. En plus de publier très régulièrement ses prises de positions face au régime Mubarak, il génère un flux de visiteurs de plus en plus important au fil des années, sa réputation de parleur libre et engagé se faisant connaître dans toute l’Egypte, puis dans le monde entier. La révolution venue, il encourage les siens à exprimer leur désaccord face au régime établi et soutient les manifestants place Tahir lorsque ses concitoyens sont au bilan des blessés.

Mahmoud Salem attire l’attention des médias par sa présence qui irradie l’Internet en cette période d’extrême tension et l’Etat égyptien en a vent. Son blog Rantings of a Sandmonkey (littéralement:  « déclamatoire d’un rebeu ») prend de l’élan et devient un site de référence à consulter pour obtenir des informations vierges de toute intervention étatique. Le gouvernement ne tolère pas cette tribune à la liberté d’expression et décide de faire passer le message, de gré ou de force. Ainsi, depuis le début de la révolution, le bloggeur a dû faire face à d’innombrables pressions provenant de l’Etat et des citoyens pro-Mubarak: arrêté par la police égyptienne en février et passé à tabac avant d’être relâché, il s’est également fait agresser dans sa voiture, qui accessoirement a été brûlée. Il a par ailleurs été la cible de plusieurs attaques à l’arme à feu et s’est vu envoyer des menaces en tous genres. Autant dire que la liberté a un prix qui se résume parfois, mais bien trop souvent dans ce genre de combats, à la mort. Mahmoud Salem le sait, en a fait l’expérience et tient bon malgré tout.

Véritable voix de la réalité égyptienne, Rantings of a Sandmonkey dit avec force, mais toujours avec respect, la vérité d’un peuple aux abois. Fier du courage de son peuple et fier d’être résistant, Mahmoud Salem explique la force du mouvement de la révolution par un fait relativement simple: « les demandes du peuple faites au gouvernement ne sont pas idéologique mais relèvent simplement des droits fondamentaux de tout un chacun, touchant les gens de toutes classes, d’éducation et de passés divers ».

Les réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter et leur désormais fameux « appels à la révolution » ont servi de tremplin aux opinions restées sans voix et leur ont donné « un moment et un lieu » pour se faire entendre. « C’est une révolution de 5 millions de personnes, qui ont décidé de faire passer l’intérêt de la communauté avant leur intérêt propre, sans même avoir de leader défini ». Voilà l’étendue du miracle selon Mahmoud Salem, qui déclare avec conviction que la page Facebook  organisant la révolution égyptienne est à l’origine de tout le mouvement de rébellion qui, malgré ce que peuvent dire ses détracteurs, n’a pas fini de faire parler de lui

http://worldblog.msnbc.msn.com/_news/2011/02/07/6007094-influential-opposition-blogger-goes-public

 

 

Le Temps du doute

 

(AP Photo/Nasser Nasser)

Le quotidien suisse Le Temps s’est intéressé de près à la vague de révoltes ayant littéralement raflé le Proche-Orient en ce début d’année 2011, publiant de manière très prolixe articles, débats, éclairages et autres éditoriaux sur le problème que posait l’urgence de ces révolutions, florissant toutes en même temps, dans le bourdonnement des voix des enfants de la liberté. Peu de parti pris pourtant pour ce journal qui, dans les pages qui fleurent bon le jasmin, favorise l’information ouverte et privilégie la critique pondérée plutôt que la dénonciation. Des points de vue aussi divers que variés y sont présentés, allant des craintes de membres de l’UDC de voir nos pays « envahis » par les citoyens égyptiens, libyens et tunisiens, à des études de l’influence réelle de Facebook et Twitter sur les mouvements de poings levés en passant par un questionnement sur la pertinence de l’appellation même de « révolution de jasmin ».

Un article du Temps datant du vendredi 18 mars 2011 consacré à Gene Sharp, chercheur américain spécialiste de la lutte non violente, éclaire le chemin qui mène à la liberté: « Tout pouvoir a des lignes de faiblesse qu’il faut savoir identifier. Le principe est de créer des dissensions au sein de l’appareil d’Etat ». Auteur d’un best-seller consultable sur Internet et lu par des millions de personnes à travers le monde, le professeur de Harvard explique par une liste de « mesures de révolution non violentes » comment un peuple peut se libérer de ses chaînes sans que le sang ne soit versé. Publié sur le site web de l’Institution Albert Einstein, nombre de bloggeurs et de leaders de la révolution égyptienne ont téléchargé le contenu de ce « recueil de la résistance » pour les distribuer place Tahir, même si peu d’entre eux reconnaissent l’avoir consulté, de peur que leurs opposants ne le découvrent et s’en servent de manière à mieux contre-attaquer. Sharp explique le succès des révoltes au sein des pays insurgés par une caractéristique récurrente: l’absence de peur des citoyens, qui ont tout à gagner et rien à perdre.

Tout à gagner, certes, mais encore faut-il trouver un moyen d’obtenir ce tout. En l’occurrence, ce moyen était  un vecteur bien connu: le vecteur communautaire. Facebook, Twitter et blogs imprégnés de slogans libertaires n’ont pas échappé à l’attention des médias traditionnels. Le Temps en a régulièrement relayé les grands « appels aux rassemblements » et les différentes opérations coup-de-poing organisées de part et d’autre du pays, expliquant toutefois, comme beaucoup de médias restant dubitatifs  face à l’influence des réseaux sociaux sur les mouvements de foule, la difficulté de mesurer l’impact de telles initiatives.

Journalistes et écrivains, politiques et économistes, Egyptiens ou Européens ont également eu le droit de plume dans les colonnes du journal, toutes opinions confondues. Certains dénoncent les violences et dégradations faites aux femmes par l’armée, d’autres demandent un plan Marshall pour la reconstruction du pays. D’aucuns pensent qu’il n’est pas utile de venir en aide à l’Egypte et prônent l’autosuffisance. Personne n’a raison, personne n’a tort. La diversité des opinions est louable mais le ton est par moments presque trop lisse considérant la gravité de certaines situations, à notre sens on ne peut plus intolérables (articles concernant les abus sexuels commis sur des manifestantes de la place Tahir par exemple. Voir lien au bas de l’article). En tant que journal de référence, Le Temps fait un travail de fond et s’efforce de mettre en lumière les grands enjeux de la révolution, mais il reste lucide sur l’avenir d’une montée au créneau aussi fulgurante, car la prise de conscience existe mais les bouleversements qui en découleront ne font que commencer.

Article Le Temps: http://www.letemps.ch/Page/Uuid/335bce18-5a44-11e0-b2b2-ee353dbb3c10/Les_manifestantes_victimes_de_larmée_égyptienne