World Have Your Say: l’art de croiser les médias

«World Have Your Say est une conversation globale hébergée par la BBC». Voilà la première phrase que l’on peut lire lorsque l’on cherche le descriptif de l’émission. Ce concept développé par la BBC World propose à la fois une émission et une plateforme Internet qui permet, à la façon des réseaux sociaux, de rendre compte des évènements grâce à la contribution du public. Il s’agit d’un programme qui est diffusé à la télévision tout les vendredis et à la radio tout les jours de la semaine. Ces vidéos et bandes-son sont également disponibles en podcast sur le site Internet qui est continuellement alimenté par des brèves et des liens vers des blogs. Une équipe de 7 personnes a d’ailleurs été spécialement créée afin de gérer et animer les émissions ainsi que la plateforme Internet.

Le site Internet propose également un espace consacré à Twitter (ci-dessus). Dans celui-ci on retrouve les derniers tweets des journalistes de la chaîne sur un sujet donné. Cela permet ainsi d’avoir accès très rapidement aux toutes dernières nouvelles. En plus de cela, on retrouve sur la plateforme des liens vers les pages Facebook ou encore Flickr de Have Your Say. Les renvois vers les réseaux sociaux sont donc nombreux et invitent à passer à la participation.

En permettant au public de participer, une chaîne telle que la BBC offre une extraordinaire visibilité aux citoyens, bloggeurs ou activistes. En tant que média traditionnel, il fournit aussi une forme de légitimité et surtout de crédibilité au blogs et aux «journalistes citoyens» qui ont participé aux révoltes en Egypte. Ainsi le 11 février, jour du départ de Hosni Moubarak, pas moins de 59 articles et vidéos ont été publiés dans la catégorie «News».

Enfin, la valeur ajoutée indéniable d’un tel concept est qu’il propose d’analyser, de hiérarchiser et de vérifier l’information reçue. En tant que média traditionnel, il fournit une forme de gage de confiance qui permet de faire le tri de l’information massive qui arrive tous les jours au sein des nombreux espaces des réseaux sociaux. Avec son équipe de journalistes professionnels, la BBC offre donc une tribune dont la parole est vérifiée en amont.

Ramy Raoof: Un activiste ultra connecté

 

Ramy Raoof est un militant en charge des médias pour l’Institut des Droits de l’Homme du Caire. C’est également un bloggeur extrêmement actif sur les réseaux sociaux comme Twitter, Facebook ou encore Flickr. A ce jour, il ne compte pas moins de 25’732 followers sur Twitter. Cette intense activité lui vaut d’être l’un des correspondants de choix pour la presse internationale comme CNN, Al Arabya TV ou encore Al Jazeera. C’est certain, vous avez sans doute déjà croisé le regard ou entendu la voix de Ramy Raoof. Il est ce que l’on pourrait appeler aujourd’hui un «journaliste citoyen».

Ces quelques tweets montrent à quel point cet utilisateur est actif. Il se propose d’être l’intermédiaire entre les lecteurs de sa page et la réalité du terrain notamment lorsqu’il dit aller vérifier le nombre de « protestants blessés au Caire ».

L’image ci-dessus, correspond à la page Flickr de Rami Raoof. Le lien vers celle-ci a été publié par lui-même sur Twitter. Il s’agit d’une photo prise par le bloggeur dans le cadre des manifestations au Caire.

Pendant la révolution égyptienne, le nombre de ses tweets ont quasiment doublé. Pour la journée du 25 février, on ne dénombre pas moins de 36 tweets dont l’essentiel est composé de liens vers d’autres blogs, réseaux sociaux ou encore articles. Certains d’entre eux sont traduits dans les deux langues: anglais et arabe. Twitter devient ainsi un moyen de rassembler les gens en même temps qu’il permet d’activer un certain nombre de réseaux. Par exemple, Ramy Raoof fait de nombreux renvois à sa page Frickr (ci-dessus) qui lui donne l’occasion de mettre en ligne des photos amateurs qu’il a prises lui même. L’information se complète ainsi sans jamais perdre de sa cohérence. Chacun de ses tweets est également complété par le fameux ashtag #Jan25 qui lui permet de référencer ses annonces.

#Jan25: Des millions de tweets pour une seule histoire

Le ashtag #Jan25 est devenu un emblème. Le mot ashtag désigne un moyen d’ajouter des informations aux tweets pour les catégoriser selon un contexte. La première personne a avoir utilisé ce symbole est alya1989262. Il s’agit d’une jeune étudiante de 21 ans d’origine égyptienne.

Très vite, le ashtag est repris par nombre d’activistes avant de devenir le repère de référence à toute information en lien avec la révolution égyptienne en marche. Cette méthode a ainsi permis à l’opposition de gagner en visibilité à travers une habile technique de communication. En quelques jours, #Jan25 est devenu l’un des Trends mondiaux sur Twitter. Dès lors, il était possible de suivre pas à pas l’évolution de la situation.

En effet, ce réseau social offre cette dimension d’instantanéité et de brève, pourrions-nous dire, qui colle bien avec la rapidité des évènements auxquels nous avons pu assister. 140 caractères par message et une vaste quantité de liens et de tags; ce micro-blogging est une source d’information riche.  Avec environ 200 millions d’utilisateurs actifs en janvier 2011, Twitter est définitivement un réseau qui crée  et fait les opinions!

Intro: Si vous voulez la démission de Moubarak, cliquez « I LiKE »!

Raz-le-bol des régimes autoritaires! La Tunisie est la première à l’avoir clamé sous le nom de «révolution de Jasmin» qui a conduit à la fuite de Ben Ali le 14 janvier dernier. Peu après, c’est au tour de l’Egypte de se mobiliser et de réclamer le départ de Hosni Moubarak au pouvoir depuis trente ans. Le 25 janvier 2011, une «journée de la colère» est organisée à l’initiative de plusieurs petits mouvements de jeunes militants. Sur Facebook, plus de 90’000 personnes se déclarent prêtes à manifester. Le monde entier a alors les yeux braqués sur l’Egypte. C’est le début de plusieurs jours de contestations et d’affrontements sanglants.

Moubarak l’a bien compris, pour contrer les manifestants, il ne suffit plus de créer un couvre-feu ou de mettre en place une répression sévère car le réel enjeu se trouve sur le net. C’est là que la communication et les appels à manifester font rage. Du 28 janvier au 2 février, le gouvernement ne se contente donc plus de filtrer Internet mais en coupe carrément l’accès. 90% des sites ne sont plus disponibles. Pourtant cette action ne fait pas taire les opposants. Ils continuent de communiquer sur les réseaux sociaux par d’autres moyens et ont recours à leur téléphone Blackberry, à des applications de bureau comme Tweetdeck et Hootsuite, par exemple. Le 1er février, on compte plus d’un million de manifestants dans le pays et c’est la marée humaine place Tahrir, au centre du Caire. Les soulèvements ne cessent de s’intensifier et malgré les vaines tentatives de Moubarak à calmer les populations, il est contraint de quitter ses fonctions le 11 février. C’est alors l’explosion de joie dans le pays. Euronews, CNN, et Al Jazeera ont leurs caméras braquées sur la place Tahir. L’évènement fait les gros titres des journaux et sur Facebook ou Twitter, tout le monde y va de son bon mot. Le départ de Hosni Moubarak marque un tournant!

Seulement douze jours auront suffit à la Tunisie pour provoquer la fuite de Ben Ali et dix-huit à l’Egypte pour en faire autant avec son président. La rapidité et la «viralité» de ces évènements sont remarquables et sont l’occasion de s’interroger sur le rôle qu’ont joué les réseaux sociaux dans la fin des régimes autoritaires. Sans eux, un tel rassemblement aurait-il été possible? Face aux médias dits traditionnels, sont-ils devenus des armes de rassemblements et de communication massifs seuls capables de provoquer la chute accélérée d’un dictateur?

Dans les pays ou la liberté d’expression et la liberté de la presse sont faibles, les réseaux sociaux et les blogs sont un moyen de communication de choix. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles en Iran, en Chine ou au Pakistan, Facebook est ou a été interdit. Quant à la blogosphère, elle est surveillée de près par les pouvoirs autoritaires qui contrôlent et sanctionnent ceux qui, courageusement, sortent des sentiers battus. Cette zone de non-droit, bien qu’un tel attribut prête à polémique, est depuis quelques années investie par nombre d’opposants qui y trouvent l’occasion de faire entendre leur voix. En Egypte, cet ensemble composite de réseaux et de blogs a, semble-t-il, permis de mettre en valeur le double rôle de ces nouveaux médias, dont la vocation est à la fois d’informer et de rassembler. En transformant le lecteur anonyme et passif en acteur déterminé à écrire l’histoire de demain, ils possèdent ainsi un pouvoir de coercition énorme que nous chercherons ici à analyser.



Source: Nouvelobs avec AFP