Le front populaire pour le sarcasme

La jeune bloggeuse  Nawara Negm, activiste militante pour les droits de l’homme a su s’imposer comme une figure éminente de la jeunesse révolutionnaire en Egypte. C’est par un caractère téméraire et affirmé que la journaliste s’est donné la mission d’extérioriser la colère du peuple à travers son blog, « Gabhet El-Tahyees El-Chaabeyya », en français, « Le front populaire pour le sarcasme ». Un blog provocateur à la hauteur de son audace qui ne craint pas de s’opposer au régime sur un ton empreint d’ironie et d’amertume.

Nawara Negm

Fille d’un poète socialiste et d’une journaliste engagée, Nawara Negm est née au Caire en 1973 où elle travaille en tant que traductrice et éditrice à Nile TV. Au cours de sa carrière, on lui confiera une colonne dans le journal Al-Dostour qu’elle qualifie de « seul journal égyptien à la fois libéral et patriotique, indépendant au vrai sens du terme et sincère ». En 2006, la jeune femme âgée de 33ans lance son blog satirique qui fera parler de lui. Nawara Negm affirme aujourd’hui n’appartenir à aucun parti politique. Elle exprime simplement et dûment ses opinions sans contrainte ni autocensure. En 2009, son premier livre «Nid sur le Vent » est publié, suivi de sa deuxième création «Je suis une femme », un livre écrit collectivement et exclusivement par des femmes égyptiennes.

Invitée sur les plateaux d’Al Jazeera, Nawara Negm est devenue, comme Wael Ghonim, la porte-parole de l’opposition. En tant que journaliste, la jeune égyptienne a joué un rôle important dans les rapports entre la jeunesse égyptienne et les médias. Condamnant l’attitude parfois passive de certains jeunes qui ne manifestent pas leur opinion elle tend, au travers de son blog, à encourager l’interactivité qu’elle entretient avec ses internautes et cherche à les pousser à défendre leurs convictions par l’action.

« Freedom is only for those who are ready to die »

Son blog, écrit en arabe dans le langage de la rue, affiche un slogan poignant sur fond jaune où apparait l’image d’une jeune fille mordant à pleines dents un fil de fer barbelé : « La liberté est seulement pour ceux qui sont prêts à mourir ». Inutile de préciser que la détermination de Nawara est de fer : elle a confié au média tunisien Asslema.com, « nous avons déjà décidé d’aller jusqu’au bout de nos revendications, quels qu’en soient le prix et les conséquences. » Regroupant informations, photos et vidéos sur l’insurrection, le blog traite de dossiers tels que la crise ouvrière ou la liberté de croyance. Mais il invite essentiellement les internautes à signer diverses pétitions en vue d’améliorer les conditions de vie en Egypte.

Azmi, Sorour et El Sherif

Le blog satirique présente en page d’accueil 13 différentes pétitions et affiche le nombre de signatures recueillies pour chacune. Une page entière permet de collecter des signatures électroniques pour les droits de l’homme. Nom complet, nationalité et adresse mail sont les trois champs à remplir par l’internaute qui souhaiterait signer une pétition pour superviser les poursuites judiciaires à l’encontre de Zakaria Azmi, Chef de cabinet de Moubarak ; Fathi Sorour, le plus ancien président du parlement dans l’histoire d’Egypte et Safwat El-Sherif, secrétaire général du parti de Moubarak, tous trois accusés de corruption. Les internautes sont appelés à signer la pétition afin d’obtenir une transparence concernant les comptes bancaires de ces hommes d’Etat. Selon Info-Palestine.net, « Les manifestants de la place Tahrir estiment que Azmi détient les informations nécessaires pour démêler les affaires de la famille du président déchu. Il est également accusé d’avoir profité de sa position afin d’obtenir des sommes colossales pour lui et sa famille, sans oublier l’acquisition de biens immobiliers et des terres agricoles de premier choix à travers toute l’Egypte. »

Nombre actuel de signataires: 16817. Il semble que le système de Nawara fonctionne. Le blog s’est transformé en outil de pouvoir qui orchestre, parallèlement à l’organisation politique réelle, un agencement virtuel plus démocratique dont la portée, elle, est bien concrète. Si une telle action était possible à l’époque où les signatures se récoltaient au porte-à-porte, il semble que l’on ait suffisamment démontré le pouvoir de rassemblement des médias numériques pour en déduire un effet largement plus conséquent et plus rapide.

 

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