Cachez cette voix que je ne saurais entendre

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La liberté d’expression étant un principe initialement démocratique et laïque, un Etat tel qu’une Egypte écorchée par les heurts religieux et la dictature peut difficilement faire valoir ses droits fondamentaux sous le règne d’un président élu en 1981 et successivement réélu tous les 6 ans, pendant 20 ans. Hosni Mubarak a instauré par ce biais un régime du parti unique sachant qu’étrangement, aucun concurrent ne s’est jamais présenté contre lui aux élections. Preuve que le « régime de la terreur » tel qu’on le connaît dans des pays bien moins favorisés et développés peut aussi exister dans les gouvernements se voulant modernes et tolérants.

Officialisée depuis 1948 à l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, la liberté d’expression, bien que considérée comme un droit fondamental, reste peu respectée dans une majorité de pays. En effet, cette liberté est souvent sujette à interprétation selon les intérêts des Etats qui doivent s’y plier. C’est pourquoi il est difficile d’affirmer qu’un pays respecte ce droit à la lettre car, comme on peut le constater dans l’extrait ci-dessous, ses limites ne sont pas clairement définies par les textes qui l’établissent :

« Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

Selon le classement mondial de la liberté de la presse 2010 établi annuellement par Reporters sans frontières, L’Egypte se situe à la 127ème place sur 178 pays analysés, soit 15 places de moins qu’en 2002, année de création de la liste. Le pays a néanmoins gagné 16 places depuis 2009, période durant laquelle il n’était que 143ème sur la liste. Mais depuis les nombreuses violences dirigées contre la presse, survenues conséquemment aux soulèvements au sein du pays, le bilan 2011 se verra certainement assombri de la bien triste réalité d’une situation démocratique peu reluisante.

En effet, la liberté de la presse reste un sujet très sensible en Egypte comme dans tous les autres pays s’étant levés contre leur gouvernement. Une presse libre signifierait une liberté d’opinion totale pour les citoyens, et par conséquent une entrave à la politique répressionniste de l’Etat. Les journalistes et membres de médias internationaux sont régulièrement attaqués par l’armée et la liste des dégâts s’allonge progressivement. Seulement pendant la journée du mercredi 2 février 2011, place Tahir, on a déploré un mort, 79 journalistes attaqués, 76 détentions et 25 membres de presse dont le matériel ou les bureaux ont été saccagés (sources: RSF). Ci-dessous, la carte mondiale 2011 de la liberté de la presse publiée annuellement par Reporters Sans Frontières:

On notera que la situation de la presse en Egypte est précaire, d’autant plus après les agressions répétées envers les médias ainsi que l’extinction des réseaux sociaux libres, muselant ainsi toute liberté d’information, de diffusion d’opinion et d’expression pour le peuple. Entouré par la Lybie ainsi que par Le Soudan où la liberté de la presse est considérée comme étant dans une situation très inquiétante, l’Egypte n’a pas de modèle démocratique vers lequel se tourner ni sur qui prendre exemple et semblait jusqu’alors s’enliser dans ses propres certitudes. Les violentes réprimes dont les journalistes ont été l’objet en Egypte les poussent a passer par d’autres voies pour dire ce qu’ils ont a dire, pour rendre compte d’une réalité que leur Etat les empêche de dévoiler. Et peu importent les brimades et les interdictions d’accès à Internet, ces initiatives n’auront eu d’autres conséquences que d’encourager d’autant plus les gens à se révolter. Preuve à l’appui: c’est lorsqu’Internet a été coupé dans tout le pays que l’on a enregistré le plus grand pic de présences dur la place Tahir. 

Dans l’optique d’une ouverture du monde sur la situation préoccupante de la démocratie dans certains pays, chaque année, Reporters sans frontières fait campagne contre les dictateurs de ce monde. Sur le site de l’association, on trouve notamment des affiches représentant Mouammar Kadhafi et Mahmoud Ahmadinejad avec ce simple slogan : « Seule une presse libre peut leur faire mal ». Il s’agit là d’une tentative de sensibilisation auprès de la population au rôle primordial que joue la  liberté d’expression dans le bon fonctionnement, la pérennité et la démocratie d’une société moderne, évoluée et sereine.

Le départ du raïs égyptien Hosni Moubarak, le 11 février 2011 (successeur du président Anouar el-Sadate, assassiné en 1981), a symbolisé pour les 85 millions d’habitants du pays une libération mais aussi et surtout le début d’une période indéterminée de chaos et d’instabilité. Indépendante du protectorat du Royaume-Uni depuis 1922, l’Egypte moderne n’a jamais connu de période de « blanc » politique telle que celle à laquelle elle doit faire face aujourd’hui. Mais la révolution qui y fait rage, en perturbant tout le système établi, pourrait aboutir à l’établissement d’un gouvernement radicalement différent, où démocratie deviendrait le maître mot, et les droits de l’homme y auraient alors enfin la place qu’ils devraient avoir, à commencer par la liberté d’expression et par le même biais la liberté de la presse. Si et seulement si cette révolution est prise en main dans une réelle perspective de renouveau et qu’elle ne dérive pas vers une situation de stand-by politique indéterminé dans laquelle s’est retrouvé notamment l’Irak après l’intervention des Etats-Unis, l’Egypte a de solides chances de recouvrer ses droits les plus légitimes et fondamentaux.

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